Le cygne noir version fou de Bassan ou comment les prochains krachs seront extrêmement violents.

Que vient faire le fou de Bassan dans cet article ? Je vous laisse regarder le mode de pêche de ces oiseaux des mers, vous allez vite comprendre.

En bourse, le Cygne noir ou « Black Swan event » est une baisse violente et imprévue (quoique) des marchés. Mais d’où vient cette expression du cygne noir ? Le premier cygne noir a été aperçu en Australie au 19éme siècle. Il est devenu le symbole d’une chose, d’un événement qui n’avait jamais été observé auparavant. Dans le cas du cygne noir, tous les cygnes observés, étaient de part nature parés uniquement de leur jolie robe blanche, point de vue de l’Europe. Bien sûr, ce caractère surprenant et imprévisible à l’époque ne l’est plus aujourd’hui, voilà pour la minute culture générale.

Cet événement a été adapté à la sauce boursière par le trader, Nassim Nicholas Taleb au début des années 2000. Mr Taleb, également professeur à l’Institut Polytechnique de l’Université de New York a alors expliqué que l’histoire était faite d’événements imprévisibles et extraordinaires dans le temps, mais l’était également par nature.

Il entend par là que les phénomènes extraordinaires sortent des prévisions d’une situation normale que nous sommes en droit d’attendre et qui a des conséquences potentiellement très graves lorsqu’elles se produisent. La théorie développée par Nicholas Taleb veut que ce que nous ne savons pas soit plus important que ce que nous savons. L’analogie du cygne noir vient que toutes les croyances passées sont remises en cause avec juste une observation. Un seul cygne noir a remis en question la certitude que tous les cygnes du monde étaient de par nature blancs.

Comment classifier un événement, une baisse nous concernant, de cygne noir ? Pour cela, Nicholas Taleb nous donne trois points à valider.

Premièrement, il faut que l’événement soit disproportionné. Par exemple, vous avez les catastrophes naturelles, comme les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les raz de marée, etc.. Pour la bourse, il suffit de l’explosion d’une bulle spéculative comme internet en 2001 ou les Subprimes en 2008 par exemple, ou alors un élément complètement exogène comme un virus. Là, ça devrait vous parler.

Deuxièmement, il faut que cet événement impacte de façon extrêmement grave la population pour les événements naturels, une économie pour la partie nous concernant. Pour la crise des Subprimes, plus de 9 millions de logements se sont retrouvés être vendus aux enchères suite aux saisies. On peut facilement imaginer que cela ait touché entre 40 et 50 millions d’Américains sur une population de 325 millions d’habitants, ça commence à avoir de très sérieuses conséquences.

Troisièmement, il faut que le phénomène soit prévisible une fois qu’il s’est produit. Oui je sais c’est un peu paradoxal, mais Nicholas Taleb explique que lorsque l’événement s’est produit, il y avait une explication rationnelle à sa réalisation, mais que personne n’avait pu le prévoir avant son existence. Il se pose alors la question de savoir pourquoi nous n’y étions pas préparés. Je sens que je vous ai perdu !!!!

Les conséquences disproportionnées engendrées par ces événements jouent un rôle également disproportionné par rapport à une situation normale. La bonne nouvelle est que dès que le cygne noir disparaît, la résilience réapparaît. Prenez le cas des catastrophes naturelles, après un terrible séisme ou tsunami aux conséquences dévastatrices, la vie reprend ses droits quelques années plus tard, presque comme si rien ne s’était passé. Au niveau de la bourse, nous avons ce même phénomène. Les Krachs de 1987, 2001, 2008 et plus récemment celui de 2020 ont tous été corrigés à plus ou moins longues échéances. A part le krach de la bulle internet qui a retrouvé ses niveaux d’avant crise que 5 ans plus tard, tous les autres ont vu leurs niveaux d’avant krach revenir sur une période comprise entre 3 et 24 mois maxi. Tous ces krachs ont quand même fait des baisses de 35 à 60% dans des laps de temps compris entre 3 semaines à 2 ans.

Pour les traders d’options que nous sommes sur le blog de La Bourse Sans Stress, le cygne noir correspond pour nous au quatrième écart type d’une situation. Je ne vais pas vous faire toute l’explication de la courbe de Gauss et de ses écarts types, je réserve cela aux membres de la formation option. Nous intervenons avec des stratégies sur des écarts types un peu moins extrêmes, car comme vous le savez en bourse, s’il n’y a pas de risque, il n’y a pas de rendement. Il faut donc trouver le bon compromis entre gain et risque pris.

Après cette introduction, pourquoi risquons-nous d’avoir des « Blacks Swan Event » de plus en plus violents et seront-ils de plus en plus court terme ?

La question que vous devez déjà vous poser n’est pas de savoir quand ce phénomène va se produire, car il se produira tôt ou tard et personne ne peut prédire la date d’un tel événement, mais de savoir comment s’en protéger puisque nous savons pertinemment qu’il se produira dans un terme plus ou moins long.

La réaction à avoir dépend avant tout de votre profil de trading. Si vous êtes un investisseur plutôt long terme, au-delà de 7 à 10 ans, vous voyez bien que les périodes fortement baissières s’auto corrigent après quelques semaines voire quelques mois, donc pas d’inquiétude. Vous allez juste subir une baisse de la valeur liquidative de votre portefeuille pour une durée plus ou moins longue. Les plus malins en profiteront pour faire de bonnes affaires et ainsi booster leur rendement futur. Rares sont ceux qui achètent les corrections ; émotionnellement, il faut être blindé. Warren Buffet y arrive très bien, voyez où ça l’a mené.

Si vous êtes un trader actif en swing trading et que vous souhaitez vivre de votre trading en tirant des revenus mensuellement, là les choses se compliquent. Voir son portefeuille fondre de 30 ou 50% en l’espace de 3 semaines va inexorablement vous amener à prendre des décisions uniquement basées sur vos émotions et comme tout le monde le sait, les décisions émotionnelles sont souvent les moins pertinentes. Regardez le nombre de divorces !!!! (just joking)

Pour revenir à l’interrogation posée par cet article, je pense que nous aurons affaire à des événements de type « cygne noir » de façon plus récurrente, car aujourd’hui tout va de plus en plus vite. La technologie accélère les choses et la bourse n’y échappe déjà pas et n’y échappera pas plus demain. Nous avons déjà vécu des flashs Krach dus exclusivement à des algorithmes de trading. Celui du 6 mai 2010 avait fait perdre 1 000 points au Dow Jones en à peine 15 min. En octobre 2013, ce sont 7 milliards de capitalisations qui s’envolaient sur la bourse de Singapour. Certaines actions avaient perdu presque 90%. Je vous passe celui sur l’or en juin 2017, sur l’EURO/USD en décembre 2017, les US T bonds en octobre 2014, etc… Il y en a pléthore.

Sur leur durée, plusieurs théories s’affrontent comme d’habitude. Personnellement, et je peux bien sûr me tromper, je pense que les récents événements boursiers nous ont montré la fragilité des marchés qui peuvent s’enrhumer au moindre courant d’air ainsi que la prépondérance absolue de ces mêmes marchés sur l’économie mondiale. Absolument tout aujourd’hui est géré par les marchés, les matières premières, les transports, etc … et aucun gouvernement ne laissera son économie sombrer. Même si j’ai quelques doutes sur leur sincérité à voir des millions de personnes impactées, eux ne le sont pas et le seront de toute façon bien moins que nous. Les décideurs ne sont jamais les payeurs. Ils continueront de mettre en place des mesures comme le QE (déversement de liquidité pour éviter l’effondrement des marchés) juste pour protéger le système, leur système. Il est fort à parier qu’aux prochains soubresauts des marchés, les imprimantes (qui n’en sont plus d’ailleurs) fonctionneront à plein régime. Le shoot de liquidité est devenu la norme pour les drogués à la cupidité extrême. Oui c’est un trader qui vous dit cela. Rien ne vous empêche d’être réaliste même en étant dans le système.

Comment alors se protéger de ses futurs événements ?

Même si la date du prochain cygne noir est inconnue, nous pouvons (et devons) être pros actifs avec quelques mesures simples, mais efficaces. Voici quelques solutions envisageables.

La première solution est la plus simple du monde : elle consiste à se mettre de plus en plus liquide en fonction de votre estimation de l’imminence d’une bulle spéculative. Vous pouvez aussi trader en intraday et ne pas conserver de positions d’un jour sur l’autre. En ce moment, les marchés montent tranquillement. Nous sommes sur des plus hauts historiques sur quasiment tous les indices, les matières premières flambent, l’inflation donne des signes de volonté haussière, je ne suis pas sûr que ce système soit fiable encore des années. La question est de savoir si vous serez assez fort émotionnellement, pour regarder les marchés monter encore pendant des mois voire quelques années sans vous ? Vous me demanderez peut-être quelles actions revendre en ce moment ? Je partirai du principe simple qu’en cas de retournement, je souhaiterai pouvoir me débarrasser rapidement de mes actions. Dans ce cas, je privilégierai de sortir rapidement mes actions les moins liquides de mon portefeuille. Si déjà, pas grand monde ne veut de mes actions aujourd’hui, qui en voudra demain lorsque les marchés dévisseront ? Je trouverai bien toujours un acheteur, mais à quel prix ? Ne garder que des valeurs très liquides en portefeuille peut être une bonne piste de réflexion.

Vous pouvez également garder celles qui ont des fondamentaux plus solides, elles risqueront de moins dévisser qu’une valeur purement spéculative. Si en plus elles vous donnent actuellement un bon rendement, ça se réfléchit. Vous pouvez augmenter votre niveau de protection, en montant vos STOP par exemple. STOP physique ou STOP mental, je vous laisse le choix.

La deuxième consiste à jouer la baisse en prévision du prochain phénomène. C’est une des stratégies développées par Mr Taleb. Lui et son associé mettent en place des stratégies sur du long terme. Ils ont réalisé 200% de performance sur les 10 dernières années. Un bon hedge fund fait +15% /an. Ça se discute surtout qu’avec une stratégie baissière long terme, vous risquez de voir la valeur liquidative de votre portefeuille perdant pendant des mois voire des années, il faut avoir des nerfs d’acier. Personnellement, ce n’est pas mon trip.

Avec l’expérience, il est toujours compliqué de jouer des contres tendances, même si la légende veut que certains vendent toujours les plus hauts avant les retournements. Cela reste de la légende. Michael J Burry, rendu célèbre par le film « The Big Short » a commencé à vendre le marché des mois avant que celui-ci ne s’effrondre. Clairement, je n’aurais pas voulu être à sa place. Tout le monde le prenait pour un fou, vous connaissez la suite. Oui Mr Burry est l’écart type 4 voire 12 du trader. Combien de traders, de professionnels sur les milliers existants ont vu la situation absurde des crédits hypothécaires ?

Si vos convictions ne sont pas aussi fortes que celles de Mr Burry, vous avez quelques alternatives possibles.

Vous pouvez acheter des ETF baissiers, ils ne valent pas cher aujourd’hui, mais attention, ils pourraient valoir encore moins cher demain. Si vous n’avez pas accès aux ETF, il vous reste les achats d’options PUT ou les stratégies baissières comme des Debits PUT Spread par exemple, qu’elles soient sur la valeur elle-même ou sur des indices sectoriels ou globaux. Il existe certaines stratégies basées sur la baisse des indices pou de l’augmentation du VIX, mais cela reste de l’hyper spéculation, car si la baisse n’arrive pas, vous perdriez alors une très grosse partie voire l’ensemble de votre investissement baissier. Pour les plus expérimentés, des stratégies combinées d’achats et de ventes d‘options offrent un très excellent compromis coût/bénéfice en cas de fort décrochage des marchés.  Je pense notamment au RTS de Don Kaufman de Theotrade, qui réside à Phoenix également et que j’ai eu le plaisir de rencontrer lors d’un meeting.

Pour la troisième solution, vous pouvez essayer de diversifier votre portefeuille avec ce que l’on appelle des valeurs refuges. Vous allez certainement penser à l’or, mais si vous regardez le comportement des cours du métal précieux lors des baisses, vous verrez que celui-ci a fortement baissé également pendant les crises. Certes, il baisse un peu moins (-15% en mars 2020 contre -35% pour le S&P500), mais il baisse quand même.

Autres valeurs refuges possibles, les indices tels que les utilités ou les produits de consommations courantes (les consumer staples), mais là aussi, nous avons eu des baisses équivalentes, voire supérieures au marché, donc pas vraiment le bon plan.

Vous pourriez également penser à inclure dans votre portefeuille une proportion conséquente d’obligations du trésor, comme l’ETF TLT, pour amortir une baisse des marchés. Cela marchait par le passé mais il n’est pas certain que cela fonctionne aussi bien dans le futur, vu les conditions de taux actuelles. Vous pouvez toujours vous inspirer du portefeuille « All Seasons » de Ray Dalio

La quatrième solution consiste à ne protéger qu’une partie de votre portefeuille. Vous limitez le risque d’un investissement trop important en protection. Cela peut être une solution alternative. Reste à savoir quelle partie vous voulez protéger.

La solution se trouve peut-être dans un mix des diverses solutions proposées.

Personnellement, je pense qu’il est illusoire de vouloir prévoir le prochain événement à 3 ou 4 écarts types comme le cygne noir. À mon humble avis, la première solution présentée est de loin la meilleure et la moins risquée. Personnellement, je suis très liquide en ce moment. Je ne prends des positions que lorsque le marché me donne de réelles opportunités et je limite mes investissements. Oui, je sais que je risque de passer à côté d’une hausse qui pourra encore durer 6 mois, un an voire peut-être plus.

Étant plus trader qu’investisseur, je vais attendre que le marché me propose ce cygne noir pour alors mettre en place des solutions vendeuses. Il faudra être sélectif et ne pas se précipiter. Il est préférable d’attendre des confirmations baissières que de se jeter sur le premier signal que tout le monde attend. Les rendements pourront alors être très importants, mais il se peut aussi que la baisse ne soit pas un cygne noir et soit donc limitée dans son ampleur. Du coup, votre objectif baissier tombe à l’eau.

Dites-vous aussi que les marchés montent plus longtemps qu’ils ne baissent. Investir sur les baisses consiste à être un sniper tapi dans l’ombre jusqu’à ce que l’événement survienne, c’est une école de patience. Oui je sais, rien n’est jamais simple.

Le bilan d’un investisseur en bourse ne se regarde pas tous les jours, il se regarde sur du long terme et vous savez qu’en bourse, seul le long terme paye. Pour reprendre l’expression très fleurie d’un ami agriculteur et qui m’a toujours fait rire « C’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses ». Peu importe ce que vous racontent les gens autour de vous, je pense, aux forums et autres groupes de discussions, le dernier verdict sera celui de votre portefeuille.

 

Trade Safe

Michael.

 

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