Taiwan, pourquoi cette île de la mer de Chine crispe t’elle toutes les attentions ?

Qu’est-ce que l’île de Taiwan dans les enjeux géopolitiques entre américains et chinois. Comme j’ai l’habitude de le dire, les Etats Unis n’ont pas d’amis, ils défendent juste leurs intérêts et force est de constater que les USA mettent tous les moyens, peu importe le prix à payer fusse t’il même humain.

Géographiquement, Taiwan est une petite île de 36 000 km². Pour vous donner une idée, c’est un peu plus que la Bretagne qui a de commun avec notre chère région française, également un nombre important de petites îles. Taiwan est un archipel de 165 îles dont la plus grande est …. Taiwan. La comparaison s’arrête là puisque c’est l’un des pays le plus peuplé au monde. Imaginez 23.5 millions de personnes dans un rectangle Nantes, Rennes, St Malo et Brest. Non merci !!!

Merci pour ces éléments mais en quoi, cela nous intéresse-t-il ? Je dirai qu’en terme géopolitique, se focaliser uniquement sur la guerre en Ukraine serait une erreur. Les USA depuis quelques temps jouent sur plusieurs fronts et comme dans toutes confrontations véhémentes, il faut toujours chercher le point d’intérêt qu’il se cache derrière. Mais pourquoi, diable, les USA s’intéressent à ce point à ce petit îlot perdu en mer de Chine en provoquant très récemment, outre la visite de Nancy Pelosi, une quasi-déclaration de guerre contre la République Populaire de Chine ?

L’objet de cette déclaration, sous entendue, de guerre s’appelle les semi-conducteurs. Puisque vous nous suivez depuis de longs mois maintenant, vous savez que Philippe et moi-même surveillons de près ce secteur ou sous-secteur technologique, car les semis conducteurs sont présents dans presque tous les éléments de notre vie quotidienne mais également dans de nombreux domaines industriels notamment militaire et quand on touche au secteur militaire, les Américains n’ont plus vraiment le sens de l’humour. Quoique leur humour, en général, est assez discutable, mais là, je m’égare.

Alors que nous étions en pleine session de formation OPTION sur Paris, les USA ont lâché une bombe sur Taiwan, principal fabricant mondial de semi-conducteur. Je parle au sens figuré bien sûr. Aucun engin pyrotechnique n’est venu frapper l’île mais les dégâts sont considérables notamment pour la République Chinoise qui revendique toujours ce territoire qu’elle estime être sien.

Cette bombe s’appelle « embargo ». Le 7 octobre dernier, le département du commerce américain a décrété un embargo total sur toutes les puces à destination de la Chine. Les nouvelles règles interdisent aux fabricants de puces américains de vendre des puces et leurs équipements de fabrication à la Chine. Même les alliés qui fabriquent des puces utilisant la technologie américaine dans leur chaîne de montage devront obtenir dorénavant, des licences pour expédier en Chine. De par ce fait, ASML, la seule entreprise au monde à fabriquer les machines Extreme Ultra Violet (EUV) utilisées pour produire les puces les plus avancées, a cessé de fournir des produits et services à ses clients chinois.

Ces machines EUV fabriquées par ASML sont nécessaires pour produire tous les puces modernes d’aujourd’hui. Selon de nombreuses estimations, ASML gardera un monopole complet sur les chinois pendant au moins encore cinq ans. Les États-Unis, conscient de cette avancée stratégique, font depuis longtemps pression sur ASML pour qu’elle cesse de commercer avec la Chine. Trump avait déjà commencé en 2019 en interdisant carrément le gouvernement Néerlandais de fournir les chinois. Vous avez dit ingérence ?

Son actuel successeur, le président Biden a lui contraint cette même société, ASML, à couper tous les supports et services sous prétexte que les chinois se servent des puces pour développer leur AI sur les domaines militaires et de technologie de surveillance.

Voici la déclaration du Département du commerce américain. :

« La République Populaire de Chine a investi des ressources dans le développement de capacités de super calculateur et cherche à devenir un leader mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2030. Elle utilise ses capacités pour suivre et surveiller ses propres citoyens et alimenter sa modernisation militaire », a déclaré le secrétaire adjoint de Commerce pour l’administration des exportations Thea D. Rozman Kendler. « Nos actions protégeront la sécurité nationale des États-Unis et les intérêts de la politique étrangère tout en envoyant un message clair que le leadership technologique américain est une question de valeurs ainsi que d’innovation. »

En d’autres termes, craignant que la Chine ne batte les États-Unis dans le jeu de l’IA, l’administration Biden a effectivement contraint toutes les entreprises américaines et ses partenaires étrangers à un embargo collectif sur la Chine. La conséquence fût immédiate puisque tous les citoyens américains qui travaillaient dans l’industrie chinoise des puces ont reçu l’ordre de démissionner immédiatement ou de perdre leur citoyenneté américaine. Ceci a provoqué à une paralysie complète et immédiate de l’industrie chinoise des semi-conducteurs provoquant son effondrement avec quasiment aucune chance de survie et ce en quelques heures seulement.

Au début de cet article, je vous précisais que les semi-conducteurs étaient présents partout. Ne plus pouvoir fabriquer de semi-conducteurs, c’est être dans l’impossibilité de produire des articles même les plus basiques.  Savez-vous que même une bouilloire contient des micro puces ? Bien sûr, plus le produit est sophistiqué, plus la puce le sera également. On ne lance pas des fusées vers la Lune avec une puce qui indique quand l’eau dépasse les 100°C. Je ne sais plus quel homme ou femme politique avait dit que les russes prenaient des puces de leurs réfrigérateurs pour faire des missiles. Oui je sais, l’incompétence est à tous les niveaux. Bref, passons.

Pour notre puce de bouilloire, pas besoin d’une technologie délirante. Les puces de 10 nm (nanomètre), existent depuis des années mais pour des utilisations plus poussées que d’afficher une température sur un écran LCD, vous devez utiliser des technologies plus avancées. Par exemple, le nouvel iPhone 13 d’Apple est géré par des puces de classe 5 nm fabriquées par TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company). Mais même la plus petite puce d’un iPhone ne suffit pas pour alimenter pleinement les technologies de nouvelle génération comme l’IA ou l’informatique quantique. Selon de nombreuses estimations, le processus de 5 nm est le strict minimum pour exploiter ces technologies.

Les missiles pilotés par l’IA, l’artillerie, les machines de combat autonomes et même l’infanterie robotisée sont l’avenir de la guerre. Et toutes ces futures armes fonctionneront sur des puces de 5 nm, voire moins.

Le problème est que la Chine est en train de devenir leader en AI pour développer notamment son arsenal militaire mais elle est bloquée par la production à grande échelle de ces mêmes puces.

Le plan « Made in China 2025«  ou industrie 4.0

La Chine a fait valoir un grand plan de développement sur 10 secteurs clés, très gourmands en semi-conducteurs.

Même si l’année dernière, Alibaba a conçu sa puce Yitian 710 de 5 nm la plus avancée. Baidu, le Google en Chine, a lancé une puce de 7 nm appelée Kunlun 2. Et Oppo, la pomme chinoise, travaillerait sur un circuit révolutionnaire de 3 nm. Cependant, si la Chine peut concevoir des puces, elle ne dispose pas de fonderies de pointe pour les produire à grande échelle. Donc, tout ce qu’ils peuvent faire est de s’approvisionner auprès de TSMC et quelques autres fabricants pour fabriquer leurs conceptions.  Or, la plus grande fonderie EUV au monde se trouve sur la côte ouest de Taiwan, la cible d’invasion tant recherchée par la Chine et défendue par les Américains.

Pour information, TSCM imprime plus de la moitié de toutes les puces dans le monde pour des géants de la technologie comme Apple et Samsung.

Les experts de l’industrie pensent qu’il faudra probablement une dizaine d’années aux fonderies de puces chinoises pour rattraper TSMC – et d’ici là, il y aura peut-être encore de meilleures technologies, ce qui placera la Chine toujours à quelques pas en arrière. Il faudra peut-être une décennie à la Chine pour construire une industrie nationale des puces autonome. En attendant, il doit s’approvisionner en puces ailleurs… pacifiquement ou peut-être par la force.

 

La Chine va-t-elle envahir Taiwan pour conserver l’acquisition de ses puces ?

La réponse n’est pas si simple. Pour commencer, étant sur la côte ouest, TSMC relève probablement de la portée de l’artillerie chinoise. Et si la Chine entreprend d’envahir entièrement Taïwan, et pas seulement de l’effrayer, TSMC pourrait devenir un dommage collatéral. Maintenant, même si la Chine envahissait Taïwan sans faire exploser TSCM, elle ne pourrait pas s’en servir longtemps.

Bien que TSMC possède les plus grandes installations de production de puces au monde, il s’approvisionne toujours, pour la plupart de ses équipements de fabrication, en Occident, y compris l’ALMC des Pays-Bas. Et sans les approvisionnements de l’Occident, TSMC perdrait sa capacité, sans parler de ses perspectives d’évolution.

Chen Ming-tong, directeur général du Bureau de la sécurité nationale de Taïwan, a déclaré qu’il serait inutile de reprendre les installations de Taiwan Semiconductor Manufacturing Co en cas de prise de contrôle de l’île par Pékin. TSMC est hautement intégré à la chaîne d’approvisionnement mondial, y compris des fournisseurs tels que ASML Holding NV des Pays-Bas. Le manque d’approvisionnement, suffirait à étouffer la production, tout simplement.

Dans le pire des scénarios, si jamais la Chine prenait le contrôle de Taïwan, les États-Unis pourraient détruire TSMC avec des missiles balistiques. Etant territoire chinois, cela reviendrait à une déclaration de guerre en bonne et due forme. Pas sûr que stratégiquement, cela soit la meilleure solution.

En fait, certains responsables américains ont suggéré d’avertir explicitement la Chine que si elle envahissait Taïwan, la première chose que les États-Unis feraient, serait de détruire TSMC. Et même si ce sera un coup dur pour les deux économies, cela nuira sans aucun doute plus à la Chine qu’aux États-Unis

Contrairement à ce que prétendent les médias grand public, la Chine n’entrera probablement pas en guerre contre Taïwan à cause des puces, car ceci serait un suicide économique.

Alors, comment la Chine va-t-elle réagir ?

Si cela se résumait à cela, nous ne serions pas surpris de voir la Chine riposter, en coupant les chaînes d’approvisionnement. La Chine contrôle actuellement 80 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale des éléments de terres rares nécessaires à la fabrication de composants de haute technologie. Malheureusement pour l’Occident, il faut savoir que bon nombre de nos technologies (y compris les iPhones) nécessitent des métaux rares en provenance de Chine.

Les exportations chinoises représentent également une part importante des biens « bon marché » destinés aux Américains. Par exemple, on estime que 70 à 80 % de tous les produits du plus grand distributeur américain, Walmart, sont fabriqués en Chine. Et pendant une période d’inflation déjà élevée, la Chine pourrait augmenter considérablement le coût de ces biens.

Si la fermeture de l’une ou l’autre de ces chaînes d’approvisionnement serait un coup dur pour la Chine, ce serait également un coup dur pour les États-Unis. Mais comme le dit le proverbe, « Si je tombe, je t’emmène avec moi ».

En d’autres termes, la réponse discrète de la Chine à la récente interdiction des puces signifie probablement qu’elle a déjà quelque chose de préparée.

Il est difficile de prédire ce qui se passera à court terme, mais considérez ce qui suit.

La Chine est un régime autocratique dont la politique est fondée sur les volontés du parti communiste, et non sur l’intérêt collectif. En tant que tel, les jeux de guerre sur ce qui aurait le plus de sens pour la Chine ne suffiront pas

L’histoire montre que le parti communiste chinois a, à de nombreuses occasions, fait des sacrifices apparemment illogiques à court terme pour sauver le régime en place.

Sur le long terme, Xi n’est pas aussi imprévisible. En fait, il a une mission bien définie, celle de faire rentrer la Chine dans l’histoire avec ce qu’il appelle le « grand renouveau de la nation chinoise ». Mis à part les mots à la mode impérialistes, il veut faire contrepoids à l’Occident et devenir le numéro 1 mondial.

Dans son discours de 2017, devant le Congrès national, qui a lieu tous les 5 ans, il a établi un calendrier clair pour sa grande vision.

Avec le centenaire du Parti en 2021 qu’il a présidé, la Chine devrait « achever la construction d’une société modérément prospère à tous égards ». D’ici 2035, la Chine devrait être beaucoup plus forte économiquement et technologiquement, être devenue un « leader mondial de l’innovation » et avoir achevé sa modernisation militaire. D’ici le centenaire de la République populaire de Chine en 2049, la Chine devrait avoir résolu la question de Taiwan et être un pays fort doté de forces de classe mondiale.

Dans son allocution d’il y a quelques semaines, XI a explicitement réitéré son attachement inconditionnel à cette vision. Il a promis d’atteindre la suprématie dans les technologies clés, qui comprenaient évidemment les puces : « Nous devons accélérer le progrès technologique et l’autonomie. Nous devons mettre nos ressources en commun et nous concentrer sur les domaines clés pour réaliser des percées, afin que nous puissions gagner la course dans les technologies de base ». Essentiels à notre stratégie nationale », a-t-il déclaré.

Concernant la réunification de la nation chinoise, Xi a ajouté :

« Nous continuerons à lutter pour la réunification pacifique avec la plus grande sincérité et le plus grand effort, mais nous ne promettrons jamais de renoncer à l’usage de la force, et nous nous réservons la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires. Les roues de l’histoire tournent vers la Chine. La réunification complète de notre pays doit être réalisée et elle peut, sans aucun doute, être réalisée.

D’une part, Xi Jinping a fait ses preuves en tant que personne prête à jouer le long terme. Et il sait que son économie axée sur les exportations est maintenant trop faible pour supporter les sanctions de l’Occident.

Ce n’est pas une coïncidence si Xi a défini la réunification de la Chine (c’est-à-dire l’invasion de Taïwan) comme sa dernière étape jusqu’à présent en 2049 seulement lorsque la Chine sera un « pays fort » avec des « forces de classe mondiale ».

D’un autre côté, l’embargo américain sur les puces frappe au cœur de la grande vision de Xi, car perdre l’accès au produit technologique le plus crucial expose son régime au risque de prendre du retard une fois de plus.

Pour être très franc, les USA jouent avec le feu et je ne sais pas combien de temps la Chine supportera d’être piquée avant de commencer à balancer ses griffes. La Chine menace d’utiliser la force comme depuis de nombreuses années mais tout cela n’est qu’une question de temps car aux Etats Unis, la construction d’une usine de semi-conducteur est en cours. Budget 10 milliards de $. Il est fort à parier que les navires de guerre US quitteront les côtes taïwanaises dès que l’usine ouvrira ses portes et inondera le monde de puces « made in US.

Trade Safe – Michael

Source Equedia